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Arts Plastiques

Lundi 14 novembre 2005

Paul McCarthy...

Je n'avais pas le souvenir d'avoir jamais entendu parler de cet artiste américain, exposé dans une galerie de Whitechapel, un quartier-est de Londres. De passage pour trois jours dans cette chère capitale, je me rends à l'exposition de cet artiste, que j'avais confondu la veille, alors que j'en découvrais l'affiche publicitaire dans une rue sombre et humide, avec un célèbre musicien britannique dont je tairais le nom.

L'exposition "LaLa Land Parody Paradise" est installée sur deux sites dans le quartier de Whitechapel : une galerie traditionnelle, et un entrepôt. La galerie présente des dessins, des photographies, des sculptures executés par McCarthy, des années 60 à aujourd'hui. Une mise en bouche, en somme...

La mise en bouche, parlons-en justement. McCarthy centre son travail autour du corps humain, des ses orifices et de ses sécrétions les plus diverses. Au menu: du sexe, du sang, de la merde. Des photographies nous présentent certaines interventions. Des jolies jeunes filles s'enduisant avec une délectation déroutante des substances les plus douteuses. McCarthy lui-même a l'air ravi de pavaner en slip (qu'il ne gardera d'ailleurs pas longtemps, allez savoir pourquoi) dans un mélange de mayonnaise et de ketchup.

Des images dérangeantes, des situations troublantes. Des hommes et des femmes dont la "bestialité bon enfant" est déconcertante.

Pour "LaLa Land Parody Paradise", McCarthy a articulé sa réflexion et son travail autour de l'icône populaire qu'est le pirate, image largement véhiculée par Disneyland et ses dessins animés tels que "Peter Pan", et son récent film "Pirates des Caraïbes". Souvenez-vous  du Capitaine Crochet ou du rôle de pirate campé par Johnny Depp: des personnages plus mégalomanes que méchants, à la préciosité ridicule.

Nous découvrons d'abord des dessins en grand format, exécutés avec urgence, violence. L'artiste est direct. Les pirates sont dessinés de la manière la plus sommaire. Ils sont invariablement mis en scènes dans des situations obscènes. Un phallus ici, un orifice là, à moins que ce ne soit le collage d'une photographie pornographique. La composition ne semble répondre à aucune autre loi que celle chère à l'artiste: l'exécution frénétique. Des bustes de pirates, moulés dans une matière huileuse et brune, nous présentent des visages étrangement affublés de phallus en guise de nez ou d'oeil. Décidemment.

L'entrepôt est à 5mns à pied de la galerie. Il abrite l'installation conçue par l'artiste. Une frégate construite à échelle réelle, des reconstitutions d'intérieurs. C'est dans ces mêmes décors que McCarthy a tourné le film qui est projeté à même un mur; film lui-même constitué de 5 films projetés côte à côte, simultanément, offrant ainsi le même évènement sous 5 angles différents. Les cadrages sont vertigineux et chaotiques.

McCarthy et ses acolytes se mettent en scène dans une bouffonnerie sarcastique, et rejouent les situations les plus stéréotypées de la piraterie made in Hollywood: abordage, pillage, martyr et humiliation des victimes. Le malaise naît du décalage entre la violence des faits, et le détachement amusé et cynique que semblent ressentir à la fois les victimes et les bourreaux. Dans l'entrepôt résonne encore les cris suppliants des victimes prises au piège, et les rires gras et sardoniques des bourreaux qui s'apprêtent à répandre le sang.

Paul McCarthy ne m'a, à vrai dire, que très peu parlé de la politique étrangère américaine et de la guerre en Iraq, comme me l'avait pourtant promis la petite brochure distribuée à l'entrée de l'exposition. Il m'a parlé de cette bestialité, de cette sauvagerie humaine, inhérente à notre nature, mais qui perturbe toujours les plus avertis. Qu'importent les images, les paroles, les concepts les plus violents, les plus crus, pourvus qu'ils soient glamour ou qu'ils soient produits dans le but de protéger les fondements de notre culture civilisée occidentale: notre liberté d'être et de penser.

McCarthy lui a décidé d'ôter le beau papier d'argent, et nous présente une vérité nue et crue, celle qui parle directement de la personne que nous sommes, de notre enclin irrésistible à exprimer notre puissance, par l'asservissement et la destruction de l'objet et d'autrui. Le propos tenu par l'artiste n'est pas nouveau, à vrai dire, mais il détonne par la crudité et le degré très direct de son travail, à une époque où l'image est tellement soignée, liftée.

Ce qui me reste le plus de cette exposition n'est pas une image-choc, ou une dénonciation politique. Dans l'entrepôt flottait l'odeur troublante des fluides versés par la barbarie de ces pirates. Elle est suave et sucrée autant qu'agressive et nauséabonde. Douce, charmante, autant que dérangeante et repoussante. C'est ce dont McCarthy parle le mieux, il me semble: de notre irrésistible monstruosité.

 

Duchesse, Caniche Royale.

Par Le Gros Loulou
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Mardi 22 novembre 2005

Naviguant en tempête sur le ouaibe en quête d'un lieu d'Art à explorer, j'ai "échoué" par hasard sur cette photo qui m'a fait dire: eurêka! (J'ai trouvé)



En effet, considérant le nom de ce blog, j'ai cru bon de choisir l'exposition Vanity Case de Michel Blazy qui moisit en ce moment à la Galerie Art: Concept à Paris. "Qui MOISIT?" Me direz-vous; oui, c'est de cela qu'il s'agit. L'artiste Michel Blazy travaille depuis des années sur des objets éphémères, des matières en proie au pourrissement qui parlent de la transformation, du temps qui passe: du temps de la vie et de celui de la mort. Tout bouge. Pour ces nouvelles installations, il relit à sa manière les vanités, ces genres de natures mortes très symboliques de l'époque Baroque (milieu XVIe au XVIIIe siècle en Europe). Elles prenaient pour thèmes la fragilité et la brièveté de la vie, le temps qui passe, la mort...en les figurant par des objets tels que le crâne humain, les fruits, les fleurs, l' argent, les portraits...qui attraient aux activités humaines et en soulignant leur évanescence. Il occupe deux espaces, mais sans les remplir, l'un avec des caniches royaux en mousse polyuréthane couverts de mousse à raser et très odorant qui côtoient un crâne et un squelette entièrement bâtis de friandises pour chiens en forme d'os et reliés au pistolet à colle (jusque là vous suivez) qui fréquentent eux-mêmes des araignées réalisées en purée de légumes divers moisissant et courant sur les murs (là vous ne voyez plus et je vous approuve). Si le thème de la dégradation des matériaux dans le temps, celui de la putréfaction et plus explicitement du chemin vers la mort et du néant sont tout à fait lisibles, je trouve que les liens de parenté entre les objets le sont moins. Le second espace me parait plus uniforme, moins hétéroclite dans les choix des objets et des matériaux mis en oeuvre: une table se tient au centre d'une pièce où l'on aurait tout juste la place de s'asseoir autour; des fruits et légumes traînent ça et là sur cette table comme jetés nonchalamment et oubliés depuis longtemps: une nature morte en volume en somme; ils semblent être recouverts d'un tapis de moisissures douces et se parent de couleurs pastel. L'ensemble est peu éclairé, on évolue dans une ambiance douce-amère, on se surprend à détailler tous ces "déchets" auxquels on n' accorderait pas le moindre regard si c'était les nôtres et justement quand on y pense, qu'est ce qu'on fait encore là, à fixer des fruits pourrir? On repasse devant la première salle et l'on est à nouveau saisi par l'odeur chimique des gros caniches blancs; peut être serez-vous aussi tenté de transgresser le panneau indiquant "vous êtes priés de ne pas toucher aux oeuvres, merci" pour songer à plonger votre main bien ouverte dans les meringues de mousse à raser qui miment le pelage de ces chiens...De l'ensemble des objets émane une étrange préciosité en opposition avec les matériaux "pauvres" mis en oeuvre, mais peut être cette impression vient elle du fait que l'on se trouve dans un lieu d'art, qu'il y a des vitrines et une mise en scène...mais les caniches sont réellement fabuleux. Dans cette exposition, le tandem attirance/ répulsion est omniprésent, on passe d'un sentiment à l'autre en regardant par exemple ces "araignées" que l'on fuira pour leur aspect repoussant mais dont on se rapprochera pour mieux deviner les matériaux ou pour admirer cette sublime couche de bactéries poussées sur son dos et ses pattes. Michel Blazy nous parle d'une vie après la mort, avec cet art qui est en mutation constante et devient d'une façon naturelle, indépendant et autonome. Il est à la base d'un travail très maitrisé qu'il laisse ensuite s'émanciper comme une graine que l'on planterait dans l'espoir d'obtenir une jolie plante.




Michel Blazy, Vanity Case
Galerie Art: Concept
16, rue Duchefdelaville
75013 Paris
tel. 01 53 60 90 30
de 16h à 19h
et du 5 novembre au 24 novembre 2005

Médor

 

 

 

Par Le Gros Loulou
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Samedi 26 novembre 2005

C’est dans le cadre de la saison brésilienne que l’artiste Miguel Rio Branco nous présente ses œuvres- certaines pour la première fois en France- à la Maison européenne de la Photographie (rue de Fourcy, 4ème). On découvre, à travers ses installations, une des figures les plus représentatives de la scène brésilienne contemporaine. L’artiste  entreprend une démarche pour le moins originale. Il retranscrit par des moyens extrêmement divers et d’une manière la plus émotionnelle qui soit, toute la violence charnelle du peuple brésilien. Miguel Rio Branco, c’est le Brésil. Sa polyphonie de couleurs, de sons, de formes. L’artiste associe des supports et techniques les plus variés (photographies, installations, peintures, collages, vidéos…) pour exprimer la richesse et l’ambivalence de son peuple. Création/ Destruction, Vie/ Mort, Eros/ Thanatos se partagent – ou se disputent – son territoire. La culture brésilienne est mise à nu et nous dévoile dans une très grande intimité les plaies de son passé et les marques de sa sensualité.

 « Attention certaines images peuvent choquer le jeune public »

On entend les cris d’une femme qui martèlent le rythme d’une musique reggae. Il y a (quand) même un trentenaire qui se dandine en entrant dans le noir. L’exposition démarre sur les notes d’une vidéo haute en couleurs. Miguel Rio Branco y met à jour le monde cru de la vie du peuple. Les favelas, la chaleur, l’humidité, les couleurs – et leur juxtaposition si particulière aux pays latino-américains. La vie dans la rue ou une famille étendue. La grossesse, la nudité, les contrastes –Rouge/ Noir – l’insalubrité. La religion, puis, un chien malade. Les jeux, les marchés, le sexe, les rires. La drogue, les bastons, les taudis. La maladie, les rires. « Ce qu’offre le Brésil, c’est un supplément d’humanité. Il y a ici une générosité que l’on retrouve dans mon travail- une profusion d’images, une richesse incluant la douleur et le plaisir à la fois. » dit Miguel Rio Branco.Il manque un bras au boxeur. A la femme enceinte ses deux seins. Plan fixe sur le visage d’un enfant couvert de cicatrices. Chez Rio Branco ce n’est pas du misérabilisme. Ce sont « seulement » des marques du vécu. Voilà un des thèmes récurrents de l’œuvre de Miguel Rio Branco : la rouille du corps, les crevasses de la peau. Il les observe à l’aide d’encres organiques. Il inspecte les cicatrices, les plaies ouvertes. Il recoud à la main les journaux déchirés.

En face, c’est Noir- Rouge- Noir- Rouge- Noir.

La lumière résonne comme un signal d’alarme.

La tension monte.

La suite rue de Fourcy.

Fulbert Cava

Par Le Gros Loulou
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Dimanche 11 décembre 2005

 Sans trop savoir par quel hasard, je me suis retrouvée sur la rive droite de la rue Mademoiselle, j’ai d’abord été attirée par le bazar du coin. Une de ces boutiques où l’on trouve tout type de bricoles dont on a rien à faire, comme des lampes à huile dorées où des fleurs délicatement peintes avec de belles couleurs vives sur le pied attisent notre sensibilité au design. Les piles de rouleaux de Sopalin en vitrine, mêlées à la collection de poêles Téfal dernier cri, j’ai eu une envie subite de ne pas faire de bonnes affaires chez « c’2 euro »aujourd’hui ! Ma lampe attendra… J’ai alors préféré consacrer mon attention sur l’autruche échelle 2, réalisée en métal et récupération de ferrailles en tout genre, qui était en train de brouter dans sa savane reconstituée sur le trottoir avec quelques plantes vertes desséchées. Enfin, c’est surtout la curiosité d’entrer dans une galerie d’art contemporain africain qui m’a intéressée. En premier lieu, notez que c’est entrée libre, c'est-à-dire que j’ai finalement conclu ma  bonne affaire du jour ! Alors en entrant, c’est un peu le désert au milieu des œuvres, y a pas un chat, on entend à peine les responsables discuter au fond de la petite salle, «Ouais, alors t’as envoyé un mail à machin ?». C’est alors que je commence à me pencher sur les oeuvres devant moi. Au rez-de-chaussée, la superficie n’est pas bien grande, différents artistes sont exposés, les œuvres de chacun se mélangent ; on a le sentiment de voyager entre les aquarelles de médina, la mise en scène d’un parcours de tour de France en matériaux de récupération (bouchons plastiques, tissus locaux,…), autres sculptures en métal… Après avoir lu les fiches d’identités de chaque artistes, on descend au sous sol pour la suite de l’exposition, tout en essayant de ne pas trop faire grincer le parquet.Au sous-sol, je commence à entendre des « plic–plocs » irréguliers, moi qui aime les vidéos dans les expos. Je suis le bruit et mon oreille attentive me mène devant la porte des toilettes: ambiance intime ! Je poursuis ma visite pour ne pas avoir l’air d’une espionne qui écoute aux portes! Dans un couloir étroit je découvre les photos de Malick Sidibe photographe malien, a exposé ses travaux en noir et blanc à la fondation Cartier en 1994, prix Hasselbad en 2003 ; il a réalisé une série de photos de femmes (noires ou blanches) vues de dos, ce sont des mises en scènes où le fond et le sol sont ornés de tissus à formes géométriques se mêlant avec les vêtements du modèle. Le jeu sur les frontières plus ou moins délimitées entre le modèle et son espace m’a beaucoup séduite; puis de retour à l’étage que je m’étais empressée de traverser par curiosité instinctive de vouloir découvrir ce qui est le plus loin de moi, je regarde de plus près ces aquarelles de médina; de loin et en clignant d’un œil, on dirait plutôt une série de tâches rectangulaires autour d’une palette aux couleurs terreuses, ocres, gris, rouges argileux,…mais en s’approchant on découvre avec quelle vérité l’ambiance de ces grandes villes d’Afrique est illustrée, c'est-à-dire que des voitures très schématisées à l’encre de chine vont prendre tout une dimensions de désordre grâce aux incisions de la plume, en dévalant les dédales de maisons d’où s’échappent des jeunes garçons courant après leur ballon de foot. Voilà deux artistes parmi 21 exposés qui décrivent justement ces deux Afriques, thème de l’exposition, avec un regard très contemporain là où l’on pourrait vulgairement n’imaginer que des masques anciens, objets culinaires en bois, de l’Afrique abusivement dite primitive. « 2 Afrique » est  une exposition qui ravit ses visiteurs, nombreux à laisser une empreinte sur le livre d’or à la sortie. Un détour émouvant et débordant de fraîcheur…

2 AFRIQUES,

Jusqu’au 31 décembre 2005, Musée des Arts derniers, 105 Rue Mademoiselle, Paris 15°

Rantamplan

 

 

 

Par Le Gros Loulou
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Lundi 9 janvier 2006

 

Plusieurs rédactrices donnent leur point de vue sur l’œuvre Work n°201 : Half the air in a given space de Martin Creed présenté à la Biennale de Lyon.

Le gros Loulou

 

"Expérience de la durée", le ton est donné. Mais qu'est-il entendu, est-ce la durée historique, la durée temporelle d'un événement éphémère, la durée matérialisée par une expérience particulièrement lente? Les deux commissaires de cette exposition, Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans (Palais de Tokyo, Paris) nous disent qu'ils ont cherché à faire un inventaire des années 90, où "le temps représente un matériau de construction davantage qu'un simple support". Il a donc s'agit de regrouper les ouvres d'artistes parlant de la durée dans laquelle se succèdent les événements, les actions, les jours et les nuits; cette durée étant mesurable. Une oeuvres semblent assez bien rendre compte de cela Work n°201 : Half the air in a given space de Martin Creed, jeune artiste minimaliste anglais. Dans cette oeuvre, une salle est remplie pour moitié (environ 2,50m, la salle est haute de 5m) de ballons de baudruche roses. Les spectateurs y entrent et en sortent au compte goutte. Ils font ici une « expérience de la durée » assez évidente : on y entre dans un état d'esprit léger, euphorique; c'est très amusant et régressif. Cependant, au fur et à mesure que l'on avance dans la pièce, l'euphorie se transforme en angoisse, en bouffées de chaleur et en sensation d'étouffement; d'autant plus que l'attente pour y rentrer se reproduit pour en sortir (il est très difficile d'ouvrir la porte de sortie sans en faire sortir les ballon). On est là, notre champ de vision est rempli de ballons, on a l'impression que notre corps aussi; plus on bouge pour chasser les ballons, réflexe naturel, plus ils nous reviennent dessus. Bref, il n'y a pas d'échappatoire. On peut donc ici pleinement expérimenter le temps et la durée, ainsi que les changements émotionnels qu'ils peuvent engendrer. Martin Creed a réalisé ici une oeuvre simple mais percutante, ramenant l'oeuvre d'art à une simple expérience.

 Bulldog

L’artiste anglais Martin Creed cherche à valoriser d’avantage l’expérience du corps que la production d’objets. Pour cela il nous plonge dans un immense « container » de cinq mètres de hauteur remplis par moitié de ballons de baudruches roses de quarante centimètres de diamètre… Le but étant de traverser cette pièce qui s’étant sur quarante mètres carrés en tentant de trouver la  porte de sortie. Un véritable parcours qui nous intrigue, nous amuse et nous angoisse…Plus l’on tente de trouver la sortie plus notre espace est envahis de ballons, sous nos bras, sur la tête sur le nez presque sous nos pieds…Nos cheveux s’électrifient, notre sourire se crispe, on ne sait ou aller… Cet univers quasi psychédélique met en jeu le corps et l’esprit. Cette mise en situation  répond parfaitement bien à l’intitulé de cette biennal « Expérience de la durée », le spectateur subit une perturbation physique et morale dans l’espace et dans le temps…On se sent compresser, comprimer voir même aplatit par cette montagne de ballons. Peut être une façon de montrer le poids de notre environnement, de notre espace et de notre société régit par un monde trop plein d’objet, une société finalement hyper matérialiste… Au-delà d’une vignette illustrative que l’on se contente de regarder on vit l’œuvre et on l’a fait vivre… entre art et réalité cette notion d’expérience qui implique un autre rapport aux œuvres et à l’exposition, cherche à instaurer un nouveau dialogue sur l’art…

Dinky Dog


La Biennale internationale de Lyon est consacrée cette année à l'expérience de la durée. La Sucrière, l'un des sites de la Biennale, comble le visiteur d'expériences à vivre qui, très vite, lui font perdre ses repères. L'une d'entre elles attire les foules, et personne n'ose reculer devant la longue file d'attente qui la précède. Il s'agit de l'installation Half in the Air in a Given Space de Martin Creed. L'artiste propose ici, peut-être sans le vouloir, un vrai parcours du combattant. Le visiteur est d'abord séduit, dans la file d'attente, par un très beau spectacle, entraperçu par une porte vitrée : une nuée de ballons de baudruche rose s'élèvent au plafond, par dessus les visiteurs et les dissimulent. On croirait assister à un magnifique ballet de ballons, dont le rose évoque les tutus des danseuses. Ainsi, le visiteur sait déjà en partie ce qui l'attend ; rien d'extraordinaire à première vue, une promenade rapide parmi une centaine de ballons de baudruche... Les visiteurs présents dans la salle semblent bousculer les ballons pour se frayer un passage. Très vite, on ne les distingue plus, perdus sous la masse de ballons roses, mais on devine leur itinéraire aux mouvements des ballons. Certains ballons restent comme scotchés au plafond. Le spectacle n'en est que plus magique, même si cela s'explique par la présence d'électricité statique! Avant de pénétrer dans la pièce réservée à l'installation, un jeune homme, à l'entrée, a pour mission d'apaiser l'humeur des impatients et de réguler les entrées en fonction des sorties annoncées par son collègue, posté à la sortie de l'installation. On entre dans la pièce par vague de deux ou quatre personnes. A l'entrée, le jeune homme fait quelques dernières recommandations aux visiteurs, avant qu'ils ne s'engouffrent parmi les ballons : "Attention, la sortie est juste en face!  Allez toujours tout droit! Lorsque vous l'aurez atteinte, positionnez-vous dos contre le mur, et regagnez la sortie en pas chassés!" Chacun répète donc deux, trois pas chassés pour se rassurer sans bien comprendre la raison de cette recommandation, puis on se précipite dans la salle. A l'intérieur, vous ne voyez que du rose. Et là, vous vous remémorez les dernières paroles du gardien :"C'est facile, c'est tout droit!". Alors, pour faire durer un peu plus l'aventure, vous allez à gauche, puis à droite, quand tout à coup vous vous affolez, vous ne savez plus dans quelle direction regagner la sortie, vous vous débattez contre ces ballons qui vous collent à la peau et vous empêchent de respirer. La farce commence à vous peser, mais heureusement, un autre groupe de personnes arrive tout droit vers vous, riant aux éclats. Finalement, vous les suivez jusqu'à la sortie. Arrivés là, l'aventure n'est pas terminée : il faut encore sagement faire la queue. On doit sortir un par un, en veillant à ce qu'aucun ballon ne s'échappe de la salle ; opération des plus difficiles. Bref, dix bonnes minutes plus tard, vous respirez, vous êtes enfin dehors, et délivrés de ces horribles ballons roses. Vous prenez alors le temps de faire le tour de la nouvelle salle dans laquelle vous vous trouvez et vous appréciez la bonne mise en scène de Virginie Barrée : une salle rouge avec un mannequin suspendu au plafond. Le décor rappelle le générique du film Shining de Stanley Kubrick. Puis vous repensez à l'installation de Martin Creed et vous ne pouvez vous empêcher d'être déçu. Toute l'impatience et l'excitation ressentie lors de la file d'attente sont retombées et vous semblez avoir été floué. Autant le spectacle était admirable de l'autre côté de la porte vitrée, autant l'expérience en elle même était exécrable. De loin, les ballons roses nous rappelaient la barbe à papa de notre enfance, de près ils nous apparaissent sales, poisseux et nous révulsent autant que des méduses. A leur contact, nos cheveux se hérissent, et l'on ressent des brûlures.

Alors que devant l'entrée, les ballons suscitaient en nous une envie de douceur et de caresses, à l'intérieur ils provoquent dégoût et colère. Tout le monde a hâte de sortir de la salle. Dès qu'une première personne trouve la sortie, elle le crie aux autres et tous s'y précipitent. Certains sortent amusés, d'autres sont contrariés, mais personne ne semble subjugué contrairement à l'installation de Ann Veronica Janssen, qui, elle fait l'unanimité. On est loin, en effet, de l'immersion plus subtile et plus riche en émotions proposées par l'artiste anglaise qui consiste à faire déambuler le visiteur dans une pièce envahie d'un brouillard épais et d'une lumière verte diffuse. Là aussi, le visiteur perd tous ses repères et doit retrouver la sortie. Pourquoi l'installation de Martin Creed nous paraît-elle moins convaincante? Peut-être sommes-nous plus réceptifs à des installations qui bouleversent davantage nos sens comme Lee 121 de Ann Veronica Janssen, ou même nous questionnent sur nos valeurs morales, comme Flying Rats  de Kader Attia ? En comparaison à celles-là, l'installation de Martin Creed nous paraît plus mièvre, plus anodine. A tort, peut-être, car la perception de toute installation artistique dépend beaucoup de la sensibilité et du vécu de la personne qui l'expérimente. Ces ballons qui me parlent d'abord de jeux enfantins et qu'alors je juge charmants et poétiques me déçoivent par la suite et même me font horreur pour finir. Mais n'en suis-je pas au point où Martin Creed voulait m'amener? J'ai vécu cette expérience. De plus, il faut reconnaître que l'installation de Martin Creed illustre parfaitement le thème choisi pour la Biennale 2005 : Expérience de la durée. Puisque le contact avec les ballons de baudruche va en amuser certains en réveillant chez eux des souvenirs de jeux d'enfants, et en irriter d'autres, on peut dire que cette oeuvre a dans tous les cas le mérite de faire réagir le visiteur. C'est une expérience originale qui lui fait prendre conscience du temps qui s'écoule. Le parcours parmi les ballons pousse chacun, selon ses besoins, à accélérer, à ralentir ou même à s'arrêter. A deux reprises, nous avons l'impression que le temps est au ralenti, nous sommes impatients : d'abord devant la porte parce que nous souhaitons rentrer au plus vite (je m'attendais réellement à des émotions esthétiques et agréables), puis dans la pièce parce que nous souhaitons en sortir ! Dans ces deux cas, la durée devient sensible. Ainsi, l'installation de Martin Creed nous permet de faire l'expérience de la durée, qui n'a pas seulement à voir avec la mesure chiffrée du temps qui passe, mais beaucoup plus avec nos perceptions, agréables ou désagréables.

 

 

Scoobydoo

 

 

 

 

 

 

 

Par Le Gros Loulou
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