La niche du gros Loulou
C’est sous le signe de l’expérience de la durée que fût représentée la huitième édition d’art contemporain de Lyon 2005. Cet événement international majeur parmi le paysage artistique français rassembla cette année soixante artistes pour une trentaine d’oeuvres. Il fût l’occasion de faire dialoguer les jeunes artistes actuels avec leurs ainés de la fin des années soixantes. De chacune de leur création (installation, photo, vidéo...) fût soulevée une problématique articulée autour de la thématique de la temporalité. L’Oeuvre d’Erwin Wurm, artiste Autrichien actuellement professeur de l’université des Arts Appliqués de Vienne, fût présente à la Biennale à travers “Adorno was wrong with this ideas about art” de 2005. Il s’agit d’une installation où sont disposées des planches sur lesquelles sont inscritent des annotations et dessins techniques invitant le spectateur à figer une position dans le temps et dans l’espace. Tantôt il s’acoude à la planche, tantôt il s’y adosse, tantôt il s’y couche. Cette importance accordée à l’instant se retrouve chez Wurm dans ses “One minute sculptures” ou comme son nom l’indique, au sein de la performance “Playing Pin-Balls for six days from 10AM to 6PM”. En se projettant au sein de l’oeuvre, le visiteur devient artiste éphémère. L’Oeuvre d’Erwim Wurm peut ainsi être envisagée comme le travail d’un sculpteur qui manipule le corps humain comme un matériau, et qui explore les concepts de volume, d’espace et de poids. En mettant en scène le corps dans un contexte inhabituel l’artiste invite à réfléchir sur notre conception de notre propre dimension corporelle, sur la conscience et la représentation de nous-même. Les déséquilibres et contorsions fragiles qu’il fait prendre à ses personnages, laissant place au hasard et à l’incertitude, permet de rendre compte de la normalité de l’apparence quotidienne du corps. Ses sculptures hybrides, corps et objets autonomes assemblés témoignent d’un positionnement indéniablement anthropomorphique qui s’inspire de nos habitudes et de nos rapports avec les objets du quotidien qu’il détournent de leur fonction première. Wurm nous invite effectivement à rechercher un nouvel usage aux objets et révèle le réel, le banal de façon poétique mais également humoristique. L’incongruité des situations qu’il provoque suscite en effet le rire du public. Avec une dérision héritée du mouvement Dada, il s’éloigne de la dramatisation et de la tentation expressive associée généralement à l’art et désacralise le statut de l’artiste.
César
"Une bonne part sinon tout l'art contemporain apparaît comme absurde...à ses contemporains. La seule manière d'expliquer ces oeuvres est souvent de considérer qu'elles comportent une part d'humour et c'est cette relation qui est exploitée en art."
Erwin Wurm, né en 1954 en Autriche, fait donc partie des ces artistes qui proposent des œuvres surprenantes. Surprenantes dans l'étude qu'il fait avec une simplicité efficace du corps humains. En effet cet artiste utilise le corps comme matériau et excelle principalement dans le domaine sculptural. Il met donc en situation des hommes ou des femmes dans des scènes questionnant la limite entre l'art et le quotidien, puis il les photographie. Toujours avec une pointe d'humour, Erwin Wurm questionne les règles de l'équilibre et du rapport au temps. L'oeuvre que j'ai choisie illustre bien cette notion. Ainsi Ohne titel extrait de la série Zurich, datant de 2002, nous montre un homme debout tenant contre sa tête et le mur une chaussure de femme à talon aiguille et dont le bout est pointu, le motif de la chaussure est un drapeau des Etats Unis, le personnage tient donc cet accessoire dans un espace blanc et vide. Cette mise en scène a tout l'air d'une situation expérimentale ou l'homme est contraint de tenir cet objet jusqu'à épuisement ou jusqu'à ce que l'extrémité peu confortable de la chaussure ne lui laisse des séquelles quelque peu douloureuses. Il remet ainsi en question le statut d'une sculpture en modifiant le socle traditionnel et en jouant sur le plein, et le vide ainsi la silhouette de l'homme peut être interpréter comme un socle de cet objet féminin vu d'un autre angle. On suppose aussi l'action de pression qu'il est en train de subir, il y a donc un rapport entre ces 2 volumes ou l'homme figé s'appuie et ainsi fait vivre la chaussure , objet du quotidien au regard de tous comme oeuvre. L'interprétation est assez libre cependant certains détails tel que l'imprimé de la chaussure qui est très lourds de sous entendus, placé sur le front de l'homme peut être interprété comme étant une critique de la politique et du système de la société américaine .Cette composition incarnerai donc un bourrage de crâne de la mentalité américaine. Une action insolite qui invite donc au questionnement face a la réelle place du vivant dans le monde artistique, l'homme seul dans un espace vide comme objet d'art ou plus encore comme support d'art, ou enfin l'objet comme performance.