Je profite de ce site « la niche du gros loulou » pour jouer les chiennes de garde (en référence au mouvement féministe bien sûr). Deux expos ont retenu mon attention :"Révolte she said !" À Rennes au centre d’art de la criée et "C’est notre histoire au palais de Tokyo "à Paris .Que peut-on encore faire dire à la condition féminine aujourd’hui ? C ‘est bien la question à laquelle ont tenté de s’attaquer Valérie Mréjen et Sarah Lucas avec plus ou moins de succès.
Au palais de Tokyo un homme la quarantaine grisonnant admire la hauteur des plafonds, à la Criée une petite jeune défile en diesel lunette ray ban histoire d’être bien vu. A paris ou à rennes on retrouve un peu les mêmes disciples de la culture branchée… Dans le premier lieu sous un casque j’échappe assez rapidement aux remarques des ces derniers. Une voix monotone mais envoûtante m’entraîne dans l’univers décalé de Valérie Mréjen. Il s’agit d’une version contemporaine de Roman photo, celle-ci filme en plan fixe des pages d’un catalogue Manufrance (catalogue de vente par correspondance disparu dans les années 70). Les séquences s’enchaînent faisant se dérouler pose après pose la journée d’une femme. Tout y est le lever, la toilette, l’attente sur le sofa, le quart d’heure bricolage la minute cuisine. Toute sa journée respire l’ennui, on la confond parfois avec les meubles, pour finir en apothéose à la coktail party en robe de chambre Manufrance. Les couleurs sont vives, les scènes artificielles et les sourires crispés. La voix monocorde de l'artiste vient affirmer le malaise ambiant. Une phrase différente est dictée sur chaque plan : " j'attends " "c’est très gai" " je profite de la terrasse oui mais si ils appellent et que je n'entends pas"...Le style et simple et efficace pas de chichis pour cette femme sans histoire. On rit beaucoup devant tant de décalage entre cette femme souriante d'un catalogue, et ces mots qu'on lui prête sans jamais lui appartenir. L'artiste ne fait pas parler la femme mais la détresse de la situation de l'époque. Il n'y a pas qu'une seule femme dans ce roman photo, l'ensemble des mannequins de ce film incarnent la femme d'une époque. Mais ce que j'ai le plus aimé c'est la profonde modernité de ce film. Même si elle parle sur de vieilles images avec des couleurs ringardes l'écriture est très actuelle : incisive et piquante. Valerie Mréjen ne raconte pas une histoire isolée, elle montre du doigt un phénomène plus général qui dépasse l'époque des années 70. Les téléphones portables ont remplacé les téléphones fixes pourtant combien de filles n'ont pas "attendu" qu’il appelle. Ce n'est qu'un exemple mais devant ce roman photo on rit aussi un peu de nous même.
Sarah Lucas utilise une installation pour s'attaquer elle aussi au quotidien féminin. Un cintre est pendu au milieu de la pièce, des oeufs au plat fraîchement cuits ainsi que des collants sont suspendus à ce dernier. Une baignoire à sabot recueille en dessous le jaune de l'oeuf qui dégouline. Représentation directe du corps féminin et évocation de son quotidien. D’après la brochure distribuée a l'entrée Sarah Lucas "joue d'un humour caustique" je trouve ça c'est plutôt vulgaire et facile. Faire cuire des oeufs au plats pour montrer des seins et évoquer le travail domestique c'est vraiment une cuisine de mauvais goût. La satire peut être provocante, violente mais elle est toujours remplit de sens. J'ai eu beau tourné autour de son installation, me creuser la tête à écrire un article, je n'ai toujours pas trouvé de sens profond à son travail.
Ces deux artistes sont des femmes, elles ont travaillé avec peu de moyens, sur des thématiques semblables : l'image de la femme et son quotidien. Elles utilisent un registre satirique pour mettre en avant un quotidien confiné et désoeuvré. Si Valerie Mrejen nous montre une femme souriante et un peu cruche Sarah Lucas cuit une jolie poitrine en oeufs sur le plat. Malgré toutes ces concordances on dirait bien que cette dernière a mis les pieds dans le plat... Mréjen nous fait rire, réfléchir et nous captive (je n'étais pas la seule assise sur mon fauteuil avec mon gros casque à m'esclaffer.) Sartre écrivait "Dans la littérature engagé, l'engagement ne doit en aucun cas faire oublier la littérature". Lucas provoque gentiment un peu dans le vide. Mréjen est bien une artiste engagé et pleine d'humour (rappelons qu'elle a une formation de plasticienne mais qu'elle est aujourd'hui surtout connu pour sa littérature).Courez vite au Palais de tokyo il vous reste une semaine (7 mai) pour voir son travail. A Rennes l'expo est terminé, tant pis.
Milou
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