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Vendredi 28 avril 2006

Je profite de ce site « la niche du gros loulou » pour jouer les chiennes de garde (en référence au mouvement féministe bien sûr). Deux expos ont retenu mon attention :"Révolte she said !" À Rennes au centre d’art de la criée et "C’est notre histoire au palais de Tokyo "à Paris .Que peut-on encore faire dire à la condition féminine aujourd’hui ? C ‘est bien la question à laquelle ont tenté de s’attaquer Valérie Mréjen et Sarah Lucas avec plus ou moins de succès.

 

Au palais de Tokyo un homme la quarantaine grisonnant admire  la hauteur des plafonds, à la Criée une petite jeune défile en diesel lunette ray ban histoire d’être bien vu. A paris ou à rennes on retrouve un peu les mêmes disciples de la culture branchée… Dans le premier lieu  sous un casque  j’échappe assez rapidement aux remarques des ces derniers. Une voix monotone mais envoûtante m’entraîne dans l’univers décalé de Valérie Mréjen. Il s’agit d’une version contemporaine de Roman photo, celle-ci filme en plan fixe des pages d’un catalogue Manufrance (catalogue de vente par correspondance disparu dans les années 70). Les séquences s’enchaînent faisant se dérouler pose après pose la journée d’une femme. Tout y est le lever, la toilette, l’attente sur le sofa, le quart d’heure bricolage la minute cuisine. Toute sa journée respire l’ennui, on la confond parfois avec les meubles, pour finir en apothéose à la coktail party en robe de chambre Manufrance. Les couleurs sont vives, les scènes artificielles et les sourires crispés. La voix monocorde de l'artiste vient affirmer le malaise ambiant. Une phrase différente est dictée sur chaque  plan : " j'attends " "c’est très gai" " je profite de la terrasse oui mais si ils appellent et que je n'entends pas"...Le style et simple et efficace  pas de chichis pour cette femme sans histoire. On rit beaucoup devant tant de décalage entre cette femme souriante d'un catalogue, et ces mots qu'on lui prête sans jamais lui appartenir. L'artiste ne fait pas parler la femme mais la détresse de la situation de l'époque. Il n'y a pas qu'une seule femme dans ce roman photo, l'ensemble des mannequins de ce film incarnent la femme d'une époque. Mais ce que j'ai le plus aimé c'est la profonde modernité de ce film. Même si elle parle sur de vieilles images avec des couleurs ringardes l'écriture est très actuelle : incisive et piquante. Valerie Mréjen ne raconte pas une histoire isolée, elle montre du doigt un phénomène plus général qui dépasse l'époque des années 70. Les téléphones portables ont remplacé les téléphones fixes pourtant combien de filles n'ont pas "attendu" qu’il appelle. Ce n'est qu'un exemple mais devant ce roman photo on rit aussi un peu de nous même.

 

Sarah Lucas utilise une installation pour s'attaquer elle aussi au quotidien féminin. Un cintre est pendu au milieu de la pièce, des oeufs au plat fraîchement cuits ainsi que des collants sont suspendus à ce dernier. Une baignoire à sabot recueille en dessous le jaune de l'oeuf qui dégouline. Représentation directe du corps féminin et évocation de son quotidien. D’après la brochure distribuée a l'entrée Sarah Lucas "joue d'un humour caustique" je trouve ça c'est plutôt vulgaire et facile. Faire cuire des oeufs au plats pour montrer des seins et évoquer le travail domestique c'est vraiment une cuisine de mauvais goût. La satire peut être provocante, violente mais elle est toujours remplit de sens. J'ai eu beau tourné autour de son installation, me creuser la tête à écrire un article, je n'ai toujours pas trouvé de sens profond à son travail.

 

Ces deux artistes sont des femmes, elles ont travaillé avec peu de moyens, sur des thématiques semblables : l'image de la femme et son quotidien. Elles utilisent  un registre satirique pour mettre en avant un quotidien confiné et désoeuvré. Si Valerie Mrejen nous montre une femme souriante et un peu cruche Sarah Lucas cuit une jolie poitrine en oeufs sur le plat. Malgré toutes ces concordances on dirait bien que cette dernière a mis les pieds dans le plat... Mréjen nous fait rire, réfléchir et nous captive (je n'étais pas la seule assise sur mon fauteuil avec mon gros casque à m'esclaffer.) Sartre écrivait "Dans la littérature engagé, l'engagement ne doit en aucun cas faire oublier la littérature". Lucas provoque gentiment un peu dans le vide.  Mréjen est bien une artiste engagé et pleine d'humour (rappelons qu'elle a une formation de plasticienne mais qu'elle est aujourd'hui surtout connu pour sa littérature).Courez vite au Palais de tokyo il vous reste une semaine (7 mai) pour voir son travail. A Rennes l'expo est terminé, tant pis.

 

 

Milou

 

 

 

 

 

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Lundi 17 avril 2006

Commençons par un petit récapitulatif : que sont les Yokaï ?

« C’est au 13ème siècle, au Japon, qu’apparaissent les premières peintures de monstres, dit « Yokaî », alors que le monde des nobles cèdent la place à la société féodale des guerriers. Reflet d’une société angoissée, une curiosité pour les choses étranges ou grotesques se développent dans la population» . Les « Yokaï » prennent forme par le biais de la représentation picturale, ils interviennent dans le monde réel de manière surnaturelle. Ils contiennent « l’âme » des objets. Cette croyance a pour origine l’affinité avec les objets du quotidien et le désir de la tradition japonaise à conférer à toute chose une âme. D’après eux tous les  objets peuvent devenir des esprits donc le nombre de Yokai est infini, mieux vaut donc entretenir de bonnes relations avec son environnement domestique…L’âge d’or des Yokaï se situe à l’époque Edo (1603-1868), c’est une période de prospérité pour l’empire japonais où ses habitants recherchent le surnaturel afin de se divertir. Le passage de l’état inanimé de l’objet banal du quotidien, à l’état animé surnaturel et narratif du Yokaï, ne peut que faire naître une comparaison de procédés, avec le cinéma par exemple, le cinéma muet et la comédie de ses débuts. En effet, les Yokaï qui sont peint sur d’immense rouleau où l’histoire se lit en continue, en faisant appel à des symboles et a des associations insolites, n’est pas sans rappeler les pellicules cinématographiques. Mais venons en à notre deuxième point ; Même si la scénographie de cette exposition confère à l’ensemble un caractère solennel (qui ne me semble pas approprier au vue du sujet) il semble plus juste d’évoquer la Caricature, l’Absurde ou encore le burlesque. Ces êtres manifestes comme l’ont été les objets manifestes du mouvement « Dada », sont profondément caricaturaux. Ils se posent en tant qu’exagération de la réalité ; on citera l’homme au nez de pénis, les êtres aux têtes gonflées et aux yeux écarquillés, ainsi que le poisson peintre. Mais malgré toutes leurs déformations ils ont en eux quelque chose d’humain, ils ont adopté nos habitudes ; ils se coupent les cheveux, se parent des plus beaux kimonos, c’est ce qui les rend proches de nous. Ils portent en eux nos inquiétudes, les peurs des japonais de l’époque, ils sont caricatures puisque tournés en dérision mais aussi ex-voto. Tels des clowns blancs ils ciblent justes, exagèrent la réalité, nous permettent de prendre du recul face à notre propre condition. C’est exactement ce que l’on ressent en regardant le cinéma de Chaplin et de son personnage caricatural Charlot. Les réactions sont exagérées la gestuel adaptée aux propos, par exemple dans les Temps Modernes elle est rythmée de manière saccadée pour mieux retranscrire les mouvement d’un travail à la chaîne. Tout un chacun se sent charmé par ce personnage déficient qui rate perpétuellement mais finit toujours par se tirer de toutes les situations. Les situations évoquées sont loufoques, les scènes insolites mais le regard de Chaplin est toujours juste, non stéréotypé, il touche du doigt les déficiences de l’époque et par extension de l’humain, c’est ce qui nous rend Charlot si sympathique dans sa gaucherie caractéristique. Ce qui est finalement intriguant dans la caricature c’est la paradoxe entre l’exagération de la forme et cependant la clarté du fond qui nous rend si proches de ces représentations (picturales, cinématographiques ou encore photographiques).

 

Si la comparaison devait s’établir sur la forme on comparerait les « Shadocks » et les Yokai. Les « Shadocks », nom du dessin animé mais aussi de ses héros, sont des sortes d’oiseaux aux couleurs multiples, qui se mettent régulièrement dans des situations désopilantes et ont une narration très ralentit. On ne voit, en général, que les Shadocks, le dessin animé étant dépourvue de fond on a donc en arrière plan un aplat blanc. Il en est de même pour les représentations des yokaï : l’espace du rouleau est sectionné de manière chronologique mais nous n’avons pas de remplissage du fond, les silhouettes et les scénettes se suivent sans arrière plan commun. Pour les Shadocks c’est le principe de l’animation qui régit le mouvement (plusieurs dessins à la seconde pour créé le mouvement) tandis que pour les Yokaï ce sont les situations qui font appel au mouvement et évoque en nous une gestualité (l’exemple du cochon se faisant couper les cheveux où l’on devine les mouvements des ciseaux). Enfin, il nous semble important de traiter ici de l’Absurde, l’absurde d’après la définition commune concerne tout ce qui entre en contradiction avec la réalité. Nous ajouterons à cela que c’est tout ce qui entre en contradiction avec le cours naturel des choses, ce qui nous permet d’intégrer à cette définition une dimension temporelle, clairement délimité à l’espace de la contradiction. Afin d’éclaircir notre propos prenons l’exemple des photos d’Erwin Würm, citons Tapei Outdoor sculpture (2000 ; 127 par 159cm). Un homme est allongé à plat ventre au beau milieu de la foule et de l’effervescence d’un marché. Il se situe entre deux étalages et empiète sur une partie d’un passage piéton. Sur son cou et au niveau de son bassin reposent deux énormes pastèques ; il a les yeux fermés et le visage tourné vers nous. Etre allongé avec deux pastèques au milieu de la route ne crée aucune surprise chez les figurants de cette image qui passent leur chemin sans y faire cas. L’absurdité de cette situation nous apparaît comme évidente l’action de cet homme allongé et de ces pastèques est en opposition total avec l’ambiance de cette image, avec l’histoire de celle-ci, ce qui aurait pu être une banale photo de marché chinois prend brusquement une tournure tout autre. Il nous semble qu’il en va de même pour les yokaï, chacun s’inscrit dans une narration dans lequel il apparaît comme décalé (par sa forme, par l’exagération de ces traits, où par ses réactions) mais pour certains d’entre eux l’exagération s’inscrit dans une action bien définie, avec début et fin, en rupture avec la narration (un cochon en train de se faire couper les cheveux, deux monstres en train de se couper les bras sans signe de douleur apparente). On peut donc selon les situations évoquées parler de caricatures ou d’absurdités, les Yokaï se prêtant bien au jeu des comparaisons. C’est ce qui fait par ailleurs toute l’originalité de cette exposition qui permet de remettre au goût du jour ces êtres dont les spécificités ne sont pas s’en rappeler des préoccupations toutes contemporaines.

Dagobert

YOKAÏ, Bestiaire du fantastique japonais,Maison de la Culture du Japon à Paris,Du 26 octobre 2005 au 28 Janvier 2006 et L’absurde dans l’art , Le Jeu de Paume à Paris, Eté 2005

 

 

 

 

 

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Dimanche 9 avril 2006

Proposer une possibilité de contempler le monde, la terre, autrement c’est ce que sont parvenus à faire certains. Le premier, Philippe Ramette à travers ses sculptures et ses photographies. Son travail consiste à défie les lois de la gravitation en nous offrant des visuels ou modules qui nous donne enfin et tout simplement la possibilité de regarder ce que l’on a habituellement sous les yeux mais d’une façon nouvelle, tout bêtement en penchant la tête ou bien en faisant le poirier, mais l’effet est très efficace.  Philippe Ramette se met lui-même en scène dans chacune de ses photographies, il tient tout particulièrement à réaliser ses visuels sans trucage. En effet, pour lui, il  n’y a pas d’intérêt à encrer une photographie d’un corps humain dans un paysage à l’aide de n’importe quel logiciel dans une position défiant la gravitation. Ainsi, il doit donc se plier à de multiples acrobaties ou positions négociant avec la nature, ayant, des fois, nul autre recours que de s’harnacher. En ce sens, je me permettrais d’ajouter quelque chose qui, pour moi, fait tout l’intérêt de son travail. En effet, l’attraction terrestre a évidemment des incidences sur le visage de chacun ; avoir les pieds au sol ou bien « au ciel » ne confère pas les mêmes traits de visage, tout le monde l’aura remarqué. Ainsi, en voulant réaliser les différentes positions lui-même, Philippe Ramette ne fait pas que nous livrer la possibilité de voir le monde sous une nouvelle attraction. Mais puisqu’il n’y a pas de trucage son visage trahit l’autre attraction et en effet on la nomme « l’autre » alors qu’il s’agit tout simplement de la « vraie ». Ce qui est donc intéressant, c’est que son travail, en nous livrant une nouvelle gravité, nous force à faire la démarche de retrouver quelle est la notre ! Si par hasard on ne la retrouve pas, on se retrouve très vite dans l’angoisse de se voir projeté dans le vide, même si son travail n’est pas influencé par une attirance du vide.

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Cette peur d’être basculé, de tomber, on la ressent également en présence de l’artiste, Jean baptiste André, qui, quant à lui, va au delà de l’instant que nous propose le travail de Philippe Ramette  avec la photographie ou la sculpture. Lui, parvient à nous faire oublier la pesanteur grâce à une nouvelle gestuelle. Formé à l’école des Arts du cirque de Chalons en Champagne, de nature très souple (ancien gymnaste), il se spécialise aux équilibres sur bras et à la profession de clown, non pas celle de celui qui porte un nez rouge, mais celle d’un personnage d’une extrême sensibilité, dérouté par son publique et très à l’écoute de ce qui ce passe autour de lui, de l’espace dans lequel il évolue. En effet, pourquoi s’encombrer de la pesanteur ? Jean baptiste André ne la défie même plus ; à le voir, il n’en a jamais eu conscience et s’amuse du fait que, nous autres, nous y soyons soumis. Il possède comme quatre bras ou quatre jambes. Il faut l’entendre dire, alors qu’il se tortille en équilibre sur les bras, regardant le plafond, le menton collé sur le torse regardant le plafond comme s’il regardait le sol : « ce qui est amusant, c’est de repenser son corps, le bassin est au dessus des poumons, les pieds au dessus des genoux… la respiration change beaucoup aussi… ». L’équilibre sur les bras est une discipline qui nécessite une nouvelle conscience de son corps et une nouvelle appréhension de l’espace. Il affirme qu’en basculant son corps, la gravité alors renforcée, lui permet d’atteindre des positions de distorsion impossible avec l’attraction courante, « celle des pieds ». Avec la pratique de l’équilibre sur bras et une attention toute particulière à la qualité de mouvement, Jean baptiste André est parvenu à inventer une nouvelle gestuelle, inédite, caractérisée par des gestes continus, dus au fait que l’équilibre ne soit plus une position à atteindre mais un passage, il se dit lui-même en perpétuel déséquilibre. Il évolue dans un mouvement étrangement et merveilleusement lié sans aucune interruption, une sensation de suspension perpétuelle. Ces temps de suspension sont d’autant plus perceptibles que le rapport au temps semble démultiplié tant l’équilibre sur bras est surprenant. Un jour, il constate qu’il peut comme s’asseoir, en pression avec un bras resté à terre, sur un plan perpendiculaire au sol. Il développe sa technique pour que l’illusion soit parfaite. Il parvient même à se déplacer « debout », pieds au mur, mains au sol. Il arrive alors que, lorsque l’on est en sa présence, on ait la subite impression de se retrouver projeté contre un mur, celui où il est parvenu à transférer la pesanteur.

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 GROMIT

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Dimanche 2 avril 2006

Gérard Rincinan élabore un travail de photographie sur le thème des faits divers. Loin de la photographie documentaire, il revendique pourtant la véracité des cas qu’il met en scène. Mais sa recherche de plasticité fait davantage de ses images des icônes macabres. Choisissant des affaires sanglantes qui ont marquée l' histoire contemporaine du crime, il travaille ensuite en studio, assisté de décorateurs, spécialistes en effets spéciaux et maquilleurs. Ces éléments de composition sont des cadavres, foetus, agencés d’une manière très théâtrale. L'espace, suggéré par des bâches en plastique, nous projette dans un univers chirurgical, ou torture, sexe, politique et religion se rencontrent. Des corps blafards, amputés, portant souvent des piercings, ensanglantés, sont présentés dans une scénographie rudimentaire: des frigos, des tables, des croix, des cordes. Le criminel est présent ou suggéré dans le cadrage de l’image.Visiblement, l’artiste cherche à heurter notre sensibilité, à provoquer notre indignation. On pense à l' oeuvre de Joel Peter WITHKIN, qui organise lui aussi des scènes morbides ou la sexualité et la mort se voisinent étroitement, dans des clichés noirs et blancs retravaillés. En faible concurrent, G. RINCINAN délaisse le travail de l’image au développement, pour ne se porter que sur le sujet. Sous prétexte de faire de la photographie plasticienne, orchestrée, il semble oublier un questionnement de fond sur la fascination morbide (dont il est lui-même simple victime), propre à l’être humain. Il se laisse tristement prendre au jeu de vulgairement "montrer", trop montrer, en accumulant les artifices. Mais au fond, le fait divers est-il plus que cela: agitateur, attiseur d’une curiosité malsaine? Peut-être aurait-on voulu qu'il assume son statut d’artiste et nous révèle une vérité au -delà de l’illustration. Quelques références font de ses images des caricatures: une drapeau des USA, déposé avec une fausse négligence bien au centre d’une composition, manifeste lourdement l’antiaméricanisme actuel. Le sang, utilisé "à gogo", macule au hasard tout ce qu’il peut, "pour faire plus vrai". Peut-on à ce point pousser la représentation de l’horreur, en la déguisant d'un langage plastique hypocrite et grossier ? La tendance actuelle dans les Arts Plastiques, visuels et théâtraux à vouloir atteindre la limite du supportable ne va-t-elle jamais s’épuiser? S’agit-il encore d’art cathartique? Ou d’un jeu creux et gratuit ? On en vient à croire que la nouveauté n'a plus rien à  puiser ailleurs que dans l’extrémisme injustifié. Le travail de RANCINAN en est une démonstration : des icônes sanguinolentes et gratuites. En somme, une histoire de tripailles un peu propre, par souci de faire de " belles images".

 

 

 

Galerie Rabouan MOUSSION

http://www.rabouan-moussion.com/#

 Croc

 

 

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Dimanche 2 avril 2006

Exposition de Johan Jonas à la galerie Yvon Lambert en mars 2006. Installation basée sur la performance, réalisées à New York en octobre 2005. Réponse à l’essai de l’historien d’art allemand Aby Warburg (voyage dans le sud ouest américain). Musique jazz de Jason Moran réalisée spécialement pour cette œuvre. Nous rentrons dans une pièce lumineuse et spacieuse aux murs blancs, cependant l’espace semble largement investit car chaque face de la pièce présente une installation ou une projection particulière… L’artiste nous plonge directement dans une ambiance sonore en diffusant des airs de blues joués par un piano mélancolique… La simplicité et la clarté de la scénographie résident en une organisation bien définie… Cinq écrans, projections vidéos, nous donnent une vue sur différents types de paysage, comme cinq fenêtres sur l’extérieur (ceci nous renforce dans l’idée de notre enfermement dans un intérieur confiné), mais la fluidité de notre promenade nous projète ainsi en voyage dans l’univers de l’auteur… Le parcours de la visite ne présente pas un trajet indiqué, un choix d’ordre personnel s’impose car on se saisit pas précisément  la nature des vidéos qui sont pour le moins intrigantes et mystérieuses… trois d’entre elles, situées dans la partie inférieure dans laquelle nous entrons d’abord, sont des mises en scène champêtres ou rupestres. Dans l’une, deux femmes grossièrement déguisées avec des tutus roses démontent un enclos pour reconstruire une forme mobile, un assemblage ; dans l’autre l’artiste elle même se met en scène portant les attributs du berger, assise avec un loup à ses pieds et une boule de cristal tandis que des paysages désertiques défilent en second plan ; enfin alors que les lumières des enseignes de Las Vegas  se succèdent en fond d’écran, déguisée  de nouveau en berger elle apparaît avec une tête de loup comme masque dans des positions acrobatiques variées. Répondant à cette dernière mise en scène vidéo, trône sur une caisse de transport ferroviaire comme une sculpture, un loup empaillé !  Sur la gauche après le loup  une autre vidéo à cheval sur le mur et sur un paravent de panneaux blancs, ce qui créé un relief et rapproche l’image du spectateur, un environnement industriel nous est montré grâce à des trains sur une voie ferrée puis des  tours éoliennes et des réseaux de poteaux électriques font ainsi « passer le courant » entre la représentation de la nature qui précède la mutation de l’espace en se modernisant mais aussi en le modifiant visuellement… L’idée de transformation, d’alchimie contemporaine et les notions d’animalité de l’homme mais aussi d’ingénuité d’esprit  devant les choses à créer pour améliorer sa vie et son confort, transparaissent au travers de cette œuvre presque philosophique, sinon inspirée de Hobbes (« l’homme est un loup pour l’homme »). Au fond de la salle notre regard est attiré par un dernier écran qui pourrait figurer la partie narrative de l’œuvre. La projection est cadrée de manière plus large, l’action se situe sur une scène au fond de laquelle est diffusé comme une mise en abyme la même vidéo du berger et du loup  commentée par un acteur en avant scène, allongé sur un divan de psychologue qui parle directement au spectateur comme pour lui expliquer l’image (agrémenté « d’effets spéciaux » de loups découpés qui défilent sur l’écran). Le « narrateur » ressemble et parle comme un personnage shakespearien, un fou lucide qui analyse nos actes et nos pensées avec cynisme et réalisme… devant cet écran des rangées de sièges sont installés comme dans une salle de spectacle ou une conférence. On assiste à l’explication et le commentaire direct de la métaphore de notre vie et des processus d’évolution. Après cette pause , à droite un panneau d’accrochage comporte plusieurs dessins d’enfants agrémentés de reprographies d’œuvres d’art anciennes, photographies de lieux d’expositions et autres ainsi qu’une carte géographique comme s’il s’agissait d’une chasse au trésor...Enfin, trois panneaux  à hauteur du regard, perpendiculaires au mur laisse voir des dessins au trait recto verso de figures informes de lignes aléatoires… Le coté naïf et  maladroit de cette œuvre renvoie à une certaine fragilité assumée par l’artiste et le monde de l’enfance avec ses contes ses rêves et des parcelles de la réalité (géographique, économique, industriel) montre bien le passage dans l’espace temps de l’état du fantasme à la réalisation concrète de l’idée. Johan Jonas, principale protagoniste de l’art des années 60-70, propose un questionnement autour de la performance, puisant  son inspiration dans des chorégraphies américaines comme celle de Lucinda Childs et Yvonne Rainer. Son interprétation nous montre que l’objet est symbole et le geste rituel. Par la variété des nouveaux supports plastiques et des nouvelles attitudes artistiques telles que la performance, la vidéo, la photo et l’installation elle prouve néanmoins un réel intérêt pour la mise en scène théâtrale et l’effet corporel. L’œuvre de Johan Jonas surprend par sa contemporanéité tant formelle que conceptuelle. L’utilisation de la vidéo lui permet ainsi d’exprimer la mutation des formes et le découpage symbolique de l’image, l’espace et le temps. L’idée qui surgit de l’image du berger et du loup questionnant ainsi l’instinct de survie ne serait-elle pas un clin d’œil à l’œuvre de Joseph Beuys ?                          

 

 

 

 

Bill the Bull

 

 

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